Le petit homme de l’Opéra

Claude Izner

C’est avec cette lecture que j’ai découvert le duo Victor Legris et Joseph Pignot, libraires et détectives amateurs. Autant le dire tout de suite, l’intrigue en elle-même ne m’a pas passionnée du tout. Nous sommes dans le Paris de l897, on pénètre (un peu) dans les coulisses de l’Opéra. Un clarinettiste meurt par noyade lors d’un mariage célébré dans un parc : triste accident. Puis ce sont plusieurs personnalités de l’Opéra qui sont victimes d’ « accidents ». Les suspicions s’éveillent, Victor Legris et Jospeh Pignot s’en mêlent et mènent l’enquête. On y croise un étrange personnage, Melchior Chalumeau, le « petit homme » qui est avertisseur à l’Opéra. Chargé d’annoncer pour les artistes les levers de rideau, il est le petit homme de l’ombre, raillé et méprisé. Voyeur aussi, il profite de son accès au dédale de l’Opéra pour épier les jeunes demoiselles, petits Rats : « qu’elles étaient mignonnes, ces futures ballerines efflanquées, mal débarbouillées, dépeignées, dans leur robe de gaze à ceinture de soie rose ou bleue ! »

J’ai gardé de l’intérêt au cours de ma lecture car le livre est une belle évocation de Paris à cette époque. J’ai été rapidement projetée dans une ville d’un autre temps, avec ses habitants qui la peuplent, ses modes de transport, son atmosphère particulière. « Paris orchestrait sa marche matinale vers son pain quotidien. Sur les Boulevards, demoiselles de magasins, cousettes, petites mains, demoiselles des téléphones, les yeux bouffis de sommeil, se rendaient à l’ouvrage tandis qu’une légion de camelots investissaient le bitume. Des hommes à paletot râpé, à haut-de-forme beurré, s’engouffraient dans les officines de contentieux, les banques, les études de notaires. Les omnibus déversaient des essaims de jupes, de corsages fleuris, de chapeaux enrubannés, de redingotes sombres. » C’est une époque où le plafond de l’Opéra Garnier n’est pas encore tel qu’on le connaît de nos jours, recouvert des couleurs de Chagall, mais présente toujours le décor d’origine de Lenepveu ; c’est une époque où l’on prévoit de détruire le Palais de l’Industrie qui borde les Champs-Elysées afin de laisser place au Petit et au Grand Palais pour l’exposition universelle de 1900. Une conversation évoque l’exposition en 1897 du legs Caillebotte au musée du Luxembourg, qui fit scandale mais grâce auquel les toiles des peintres impressionnistes ont pu entrer dans les collections nationales. On croise aussi la baraque de La Goulue, la fameuse danseuse populaire qui a alors achevé sa carrière au Moulin-Rouge et a rejoint les fêtes foraines, dans sa baraque décorée par Toulouse-Lautrec.

L’ensemble du roman est parcouru de traits d’humour, et est chargé d’un vocabulaire désuet, souvent issu de l’argot, qui lui donne un charme vieillot plutôt plaisant.

Et j’ai souri lors cet échange entre Victor et Joseph :

 « – Qu’entendez-vous par « bourgeois » ?
    – Pour le cocher de fiacre, c’est un piéton ; pour le militaire, un pékin ; pour le rapin, un imbécile qui ne pige que couic à la peinture et troque une liasse de billets en échange d’un coucher de soleil sur le lac du Bourget ; pour le paysan, c’est le propriétaire de la métairie où il trime ; pour l’ouvrier, c’est le patron.
    – Et pour vous, Joseph ?
    – Pour moi, ce sont les clients qui achètent des livres qu’ils ne liront jamais simplement parce qu’on en parle en termes élogieux dans la presse. »

Un titre pour le challenge Des notes et des mots

Orgueil et préjugés

Jane Austen

J’ai enfin lu mon premier Jane Austen ! Cette lecture m’a charmée, envoûtée… Tant et si bien qu’il m’est difficile d’en parler concrètement… Je me suis laissée transporter par les amours d’Elizabeth et de Jane Bennett, par l’élégance de Mr. Darcy, par les remarques pleines d’ironie de Mr. Bennett, et j’en ai oublié de marquer les passages que je souhaitais garder en mémoire, réflexe que j’ai toujours au cours de mes lectures afin d’en garder une trace tangible, sensible…et j’ai pour habitude de partir toujours de ces mots pour écrire mes billets… Me voici donc bien embêtée ! En même temps, j’aurais peur d’être redondante après les innombrables articles déjà publiés sur ce roman. Que dire de nouveau, d’original sur un tel monument de la littérature ?

On plonge dans Orgueil et préjugés comme dans un trésor, les demoiselles y sont délicates et gracieuses, c’est un écrin, un cocon dans lequel on veut venir se blottir. Un livre que je relirai, pour retrouver cette atmosphère douce et rassurante…

Bêtement, j’avais une légère appréhension en me lançant dans cette lecture : peur d’une lecture difficile ou peur de l’ennui. Ce qui n’était qu’un mauvais préjugé, qui me taraude toujours lorsque j’aborde un « classique ». Rien de tout cela, au contraire, l’écriture de Jane Austen est fluide, les chapitres sont courts et l’intrigue lancée dès les premières pages  ; c’est une lecture qui se savoure.

Un grand coup de cœur pour une œuvre que je découvre tardivement. Et j’ai très envie de voir les adaptations pour le cinéma ou la télévision. Lesquelles valent le coup ?
Et maintenant, avec quel roman de Jane Austen me conseilleriez-vous de continuer ?

A lire aussi : le billet de L’Or des chambres

Quand souffle le vent du nord

Daniel Glattauer

« Merci d’être là. Merci de m’avoir recueillie. Merci d’exister. Merci ! »

Quand souffle le vent du nord est une histoire d’amour atypique, une histoire entre deux êtres qui ne se connaissent pas, qui ne savent pas à quoi ils ressemblent, qui ne se sont jamais parlés de vive voix. Tout commence par un banal e-mail de résiliation qu’Emmi envoie à un magazine. A une lettre près, elle se trompe dans l’adresse de destination, et le mail arrive chez Léo. Un mail, puis deux, l’échange s’installe petit à petit entre Emmi et Léo. Ils s’écrivent avec beaucoup d’humour, sans prendre de pincettes, et l’on sent bien que des sentiments se tissent à distance.

Par mails interposés, Emmi et Léo deviennent dépendants l’un de l’autre, ils sont un peu chacun comme l’ami imaginaire de l’autre : le confident, l’échappatoire, l’Idéal, l’exutoire. « Pour moi vous écrire et vous lire c’est un « temps mort » dans ma vie familiale. Oui, c’est une petite île isolée dans mon univers quotidien, une petite île sur laquelle j’aime beaucoup m’attarder seule avec vous, et j’espère que cela ne vous dérange pas. » Sans être un couple, ils passent par tous les états qui peuvent caractériser une relation amoureuse : la jalousie, la dispute, l’éloignement, les joies des retrouvailles et réconciliations, la dépendance à l’autre.

Quand souffle le vent du nord est un peu le roman épistolaire à l’âge du numérique. C’est un roman qui se dévore, je suis devenue moi aussi accro « aux mails de Léo » !

Un roman à lire en une ou deux soirées, distrayant, frais et qui fera battre le cœur des midinettes qui sommeillent en nous 😉

Il y a une suite à ce roman : La septième vague, et je ne pense pas la faire attendre très longtemps !

La critique de Leiloona, qui m’a rappelé en présentant la sortie poche du tome 2 que je voulais lire ce livre !

L’imprévisible

Metin Arditi

J’avais découvert Metin Arditi avec Le Turquetto, très beau roman qui m’a donné envie de lire les écrits précédents de cet auteur. C’est avec L’imprévisible que j’ai poursuivi et… je suis déçue. Déçue n’est pas le mot, c’est juste que cette histoire ne m’a pas emballée. Je n’ai pas accroché, c’est tout.

Anne-Catherine, femme de la haute société genevoise, récemment séparée de son mari, fait appel à Guido Gianotti, ancien professeur universitaire d’histoire de l’art et spécialiste de la Renaissance, afin d’expertiser un tableau qu’elle possède, et dont elle souhaite se débarrasser car il est souvenir de son ex-mari. C’est ce lien avec l’art et le mystère autour d’un tableau qui m’avait attiré vers ce livre, et c’est vraiment cela qui m’a tenue jusqu’à la dernière page. Guido va de découverte en découverte, se déplace jusqu’aux Offices de Florence, et ledit tableau se révèlera être celui d’un grand maître. J’ai apprécié ce long cheminement, bien mené, qui est plausible, et ponctué de belles descriptions d’œuvres picturales. L’on voit la matière, les couleurs, les étoffes, les carnations. Mais je suis restée complètement insensible à la relation naissante entre Guido et Anne-Catherine, de milieux sociaux opposés, êtres solitaires, abîmés par la vie, et qui vont, un instant, l’un avec l’autre, éprouver un semblant de bonheur.

Pas une totale déception, donc, mais une impression très mitigée. Cependant, mon désir est toujours là de lire davantage d’œuvres de cet écrivain.

« C’était une main d’homme, très belle, si effilée qu’elle en paraissait presque féminine. Un chemisier à passepoil rouge l’enserrait au poignet, et il n’y avait dans sa manière de tenir la plume ni rugosité ni tension. »

Grâce et dénuement

Alice Ferney

« Toute ma vie j’ai été pauvre et maudite, et tout ce temps j’ai aimé ma vie. »

Il y a Angéline, « la vieille ». Il y a Angelo, Simon, Lulu, Joseph dit « Moustique », Antonio, ses cinq fils. Il y a Héléna, Misia, Milena, Nadia, ses belles-filles. Il y a Anita, Sandro, Djumbo, Carla, Michaël, Priscilla, Mélanie, Carla, ses petits-enfants, tous Gitans. Et il y a Esther. La « Gadjé ». L’ancienne bibliothécaire qui vient rendre visite aux Gitans sur leur camp. Dans sa Renault jaune, au chaud, elle accueille tous les enfants, et leur lit des histoires. Des contes, des fables, des morales. Et chaque mercredi, elle revient. Les enfants sont heureux de sa présence, Esther illumine leur imaginaire en leur parlant de Babar, du Petit Prince, de Pinocchio, de Barbe-Bleue. « Ils entraient petit à petit dans la chose du papier, ce miracle, cet entre-deux ». Les enfants découvrent le pouvoir suggestif des mots, des phrases qui charment, dépeignent un monde, un ailleurs. Et c’est emplie de sincérité et de bonté qu’Esther demeure fidèle à ce rendez-vous.

Petit à petit, Esther tisse des liens avec les femmes qui vivent là, les mères. Ces femmes sont des gitanes, vivent à l’écart de la société, dans une grande pauvreté et précarité. Mais ce que nous livre Alice Ferney, c’est la part d’humanité qui frémit en chacune d’entre elles. Ces femmes sont marquées par les bonheurs et les malheurs de la vie, elles ont la tête haute, elles sont belles.

L’écriture est douce, ronde, on se croirait presque dans un conte. Les dernières pages du livre sont magnifiques. C’est une leçon de vie, qui nous rappelle que l’humilité, la bonté, le respect sont fondamentalement parties de l’être humain.

« C’est de la douleur d’aimer, ça c’est bien sûr, mais c’est tout pire de ne pas aimer. Elle dit : on est fait pour ça. Et les femmes encore plus que les garçons. Une femme, dit-elle, c’est pour se donner en entier. Ne te garde pas. Ce qu’on garde pour soi meurt, ce qu’on donne prend racine et se développe. »

Je dois me dépêcher de lire les autres romans d’Alice Ferney.

La mise à nu des époux Ransome

Alan Bennett

C’est un petit roman qui débute avec une situation très loufoque : un soir, Mr et Mrs Ransome, couple parfaitement engoncé de la vieille bourgeoisie britannique, sont à l’opéra. Lorsqu’ils rentrent chez eux, ils découvrent qu’ils ont été cambriolés. Tout, absolument tout, a disparu de leur appartement. Les visiteurs n’ont pas emmené uniquement le matériel hi-fi et les bijoux, ils ont embarqué tous les meubles, les tapis, les rideaux, la vaisselle (même la marmite que Mrs Ransome avait laissé à cuire dans son four), les fils électriques, il ne reste rien.

« Le vol d’une chaîne hi-fi est parfaitement banal. Celui d’une moquette l’est moins.
– Peut-être se sont-ils servis de la moquette pour envelopper la chaîne, dit Mrs Ransome.»

Le couple se retrouve entièrement démuni, et, dans l’urgence (il faut prévenir la police, aller acheter quelques produits de première nécessité), Mr et Mrs Ransome sont obligés de descendre de chez eux et de se confronter à la réalité du monde ordinaire, de s’adresser à des individus qu’ils avaient toujours évités (ou dont ils ignoraient même l’existence). Alors que Mr Ransome reste coincé dans ce chamboulement qu’il n’a aucunement choisi, son épouse, petit à petit, voit le bon côté des choses. Elle est presque soulagée d’être débarrassée de cet encombrant service à vaisselle qui les suivait depuis 30 années de mariage, et qui ne servait jamais ! Elle découvre avec curiosité les programmes télévisuels de l’après-midi destinés à la ménagère moyenne, elle franchit le seuil de l’épicerie pakistanaise du quartier.

Le livre est une satire sociale, bourrée de traits d’humour. Il fait aussi réfléchir aux possessions matérielles que nous entassons et dont nous pourrions fort bien nous passer…

« Mrs Ransome découvrit qu’elle n’était pas malheureuse, que sa situation présente avait une réalité bien plus grande et que, indépendamment du confort que chacun est en droit d’attendre, ils allaient désormais pouvoir mener une vie moins douillette… »

Ma première rencontre avec Alan Bennett fut la lecture de La Reine des lectrices, roman qui ne m’avait pas enthousiasmée. La mise à nu des époux Ransome me réconcilie avec l’auteur. J’ai apprécié cette lecture rapide (en une soirée), divertissante, piquante.

Je remercie très chaleureusement Laurence pour m’avoir offert ce livre ! Vous pouvez consulter sa critique ici.

Code Salamandre

Samuel Delage

Voici un billet qui sera très succinct, au sujet d’un livre qui ne m’a pas plu du tout… Dans Code Salamandre, le commissaire-priseur Yvan Sauvage a pour mission de finaliser les recherches de son ancien professeur, récemment décédé. Recherches qui portent sur un dépôt royal jamais découvert, datant du règne de François Ier. Il s’associe dans cette enquête avec une jeune étudiante en histoire de l’art, Marion. Leur étude commence au château de Chambord, et ils avancent dans leurs recherches en décryptant des messages codés (inscrits l’architecture des lieux ou encore dans des détails ornementaux) et en analysant la cartographie reliant, notamment, Chambord, Fontainebleau et Reims. Et évidemment, d’autres individus sont avides de mettre la main sur ce trésor, et sont à leurs trousses.

Bouh que c’est ennuyant !! Le livre se veut un thriller mais je n’y ai ressenti aucun suspens, aucune angoisse. Je n’y ai trouvé qu’un amoncellement de situations « clichés », comme si l’auteur avait trouvé la recette à suivre pour faire un bon thriller (mais tout en en ayant raté l’exécution !) : le type à la quarantaine, expert en art, divorcé ; la petite jeunette étudiante et fragile qui, on s’en doute, va tomber amoureuse du type (qui va se laisser faire, c’est évident) ; le mec louche qui les suit (pour le compte d’un grand-maître-dont-on-ne-connaît-pas-l’identité-mais-qui-veut-récupérer-le-trésor) et qui, accessoirement, est un maniaco-tueur en série (mais il ne fait même pas peur !!).

Je pense très sincèrement que toutes les recherches historiques et topographiques réalisées par l’auteur ont dû être passionnantes, mais leur transcription est maladroite, lourde. Pire, cela m’a fait douter de beaucoup d’informations qui sont données, car étant mal amenées, elles m’ont parfois paru tirées par les cheveux, et peu crédibles. Les deux protagonistes piétinent un moment dans leur enquête, et puis tout d’un coup ils comprennent une foultitude de choses, qu’ils s’échangent alors dans des dialogues qui paraissent tout sauf naturels.

Le fond de l’histoire m’intéressait, mais selon moi c’est un livre bien trop mal écrit pour que j’y adhère. Pour tout dire, c’est un livre que je ne garderai même pas.

Une odeur de gingembre

Oswald Wynd

Avant l’ouverture de mon blog, je consultais régulièrement déjà les blogs littéraires, et cela s’est bien évidemment amplifié depuis que j’ai moi aussi créé mon petit espace, mon carnet de lectures en ligne. J’aime les échanges qui se créent, le partage de critiques ou de conseils et, surtout, j’aime y puiser des idées pour mes lectures à venir. Une odeur de gingembre fait partie de ces romans dont je n’avais jamais entendu parlé, qui ne m’aurait pas forcément attirée si j’avais croisé sa route sur la table d’une librairie, et pourtant…sur un blog, puis un autre, et encore un autre, j’en ai lu de belles critiques, et aujourd’hui c’est à moi de vous en parler ! J’ai rencontré un très beau roman, les blogs rendent possible ce genre de découverte !

Janvier 1903. Mary Mackenzie, jeune demoiselle écossaise, embarque sur un bateau pour la Chine, afin d’épouser Richard Collinsgworth, attaché militaire britannique, qu’elle ne connaît pas et auquel elle a été promise. Nous lisons le journal qu’elle écrit, les quelques lettres qu’elle envoie, depuis ce voyage, et durant de longues années, jusqu’en 1942.

Je l’avoue, j’ai mis beaucoup (beaucoup !) de temps à lire ce roman, je l’ai laissé parfois de côté durant des périodes de « non-lecture » (par manque de temps, ou de concentration), mais j’y suis toujours revenue avec plaisir. J’avais l’impression de revenir vers une connaissance oubliée, d’aller prendre de ses nouvelles, d’accompagner Mary au cours du long et parfois difficile chemin de sa vie.

A son arrivée en Chine, Mary est toute jeune, fragile et innocente. « Pourquoi faut-il que nous prenions des décisions aussi graves pour notre vie entière quand nous sommes trop jeunes pour savoir ce que nous faisons ? », s’interroge-t-elle. Elle découvre un pays, ses habitants, ses moeurs. Elle se retrouve à mener une vie qu’elle n’avait pas choisie, ou du moins pas consciemment. Petit à petit, elle se déploie, s’émancipe. Elle aura des enfants, rencontrera un officier japonais qui la chamboulera toute entière, assumera ses choix mais sera aussi contrainte à subir de terribles situations. Elle vivra seule, longtemps, mais ira toujours de l’avant. C’est une femme douce, droite.

Au-delà d’une histoire individuelle, ce roman traite de la fantastique évolution du monde et de l’Asie à cette époque : du développement des transports, du confort domestique, de la mode européenne qui s’introduit au Japon, de l’émancipation des femmes par le travail.

Ce livre est refermé mais il a ouvert en moi un univers doux et apaisant qui s’entrouvre désormais au souvenir de cette lecture…

« Je n’en croyais pas mes yeux, quand j’ai vu ce qui luttait contre les mauvaises herbes pour gagner sa part de soleil : une pousse verte toute nouvelle, émergeant d’un amas de racines noircies, et qui portait déjà neuf de ces feuilles aromatiques si facilement reconnaissables. J’en ai pincé une pour être bien sûre, qui m’a laissé sur les doigts cette odeur de gingembre. »

J’ai découvert ce titre chez George (merci !)

Ténèbres, prenez-moi la main

Dennis Lehane

Je commence vraiment à aimer les polars ! J’ai achevé la lecture du deuxième volet de la série d’enquêtes menées par Angela Gennaro et Patrick Kenzie : une réussite.

Je cède à la facilité de la quatrième de couverture pour vous résumer l’histoire :

« Une nuit, la psychiatre Diandra Warren reçoit un appel anonyme et menaçant qu’elle croit liée à l’une de ses patientes. Quand arrive au courrier une photo de son fils Jason sans aucune mention d’expéditeur, elle prend peur et demande de l’aide à Patrick Kenzie et Angela Gennaro. C’est pour les deux détectives le début d’une affaire bouleversante qui va les confronter à inacceptable, jusqu’à l’imprévisible dénouement.

La peur, la compassion, la répulsion, l’amour, toutes ces émotions sont remarquablement mises en scène par Dennis Lehane dans un livre qu’on ne lâche pas avant la dernière page et dont les échos résonnent bien après qu’on l’a refermé. »

Une nouvelle fois, le talent de Dennis Lehane opère dans ce roman. C’est un petit bonheur de retrouver les deux acolytes détectives, la ville de Boston et ses réseaux mafieux. L’intrigue débute d’ailleurs de manière assez classique : un courrier anonyme, des menaces, Kenzie et Gennaro se rapprochent du « gang » suspecté pour y mettre fin. Mais après 150 pages, tout s’emballe, des cadavres sont découverts dans d’atroces états de barbarie, les photographies anonymes se répètent, Patrick Kenzie et Angela Gennaro se retrouvent tous deux menacés personnellement ainsi que leurs proches. C’est le lancement d’un compte à rebours pour mettre la main sur un tueur en série. L’intrigue du premier tome tournait autour de corruption et manipulation politique, elle était très bien menée mais restait « soft ». Avec celle-ci, j’ai eu la frousse !! Un livre que j’ai littéralement avalé !

Des chroniques plus complètes que la mienne chez Syl et Edith.

La vie d’une autre

Frédérique Deghelt

Sur le blog de L’Irrégulière, j’avais lu une critique du dernier roman de Frédérique Deghelt, La Grand-mère de Jade, qui m’avait interpellée. J’avais donc bien noté le nom de cet écrivain dans un coin de ma tête, et quand l’occasion s’est présentée, je n’ai pas hésité un instant à me procurer un exemplaire de son roman La Vie d’une autre. Et ce fut un vrai coup de cœur.

Marie a vingt-cinq ans, c’est une jeune femme épanouie, qui sait profiter de la vie. Entourée d’amis, elle fête joyeusement son embauche dans une société de production. Au cours de cette soirée elle rencontre Pablo, russe-argentin si élégant, se retrouve vite dans ses bras pour une danse, puis chez lui. Au réveil le lendemain, Pablo lui dit : « Les enfants sont en train de déjeuner, ton café est prêt. Je n’ai pas le temps de les accompagner. Est-ce que tu peux t’en occuper ? ». Nous sommes douze ans plus tard, Marie est mariée à Pablo, ils ont trois enfants. Marie tombe des nues, elle ne se rappelle de rien, son dernier souvenir est celui du jour de sa rencontre avec Pablo. Commence alors un long travail d’adaptation à sa « nouvelle » vie, et d’introspection pour comprendre les raisons de sa brutale et profonde amnésie.

C’est un livre qu’on ne lâche plus une fois commencé, parce que le lecteur, lui aussi, veut comprendre. Il y a forcément une raison sensée à tout cela. Une écriture simple, sans prétention, mais que j’ai trouvée fine et parfois très touchante. C’est, surtout, une très belle histoire d’amour.

Au-delà d’une histoire insolite (mais bien menée et à laquelle j’ai parfaitement adhéré), ce roman interroge sur la mémoire : serais-je la même sans mes souvenirs ? Mes souvenirs font-ils celle que je suis aujourd’hui ? « Comment toutes ces informations peuvent-elles être bien rangées dans une tête munie d’une mémoire ? Gardons-nous la totalité des événements ou seulement les sentiments qu’ils nous insufflent ? »

Marie se retrouve brusquement mère de famille, alors que dans sa tête, elle a vingt-cinq ans, elle est dans l’état d’esprit d’un début de relation, où la découverte de l’autre fait le quotidien. Le pouvoir formidable que possède Marie, c’est de voir d’un oeil neuf, vierge, la vie de famille au quotidien bien réglé qu’elle mène depuis plusieurs années. « C’est notre premier repas à cinq ; pour moi tout est nouveau et incroyable. Il y a un peu partout des petits pois, du poulet, du pain, et de l’eau qui s’échappe des verres pour se répandre sur la table ou par terre. Le dîner m’amuse comme si j’avais été invitée. Je souris à Pablo avec la complicité qu’ont les adultes devant les débordements de l’enfance ». Et de se demander si cette vie là lui correspond vraiment.

Elle a l’immense bénéfice de vivre avec son homme de douze ans les pétillements des premières étincelles et d’en (re)-tomber amoureuse. « Ce soir, j’ai dit « Je t’aime » à mon amoureux d’il y a douze ans pour la première fois. »

Elle découvre la femme qu’elle est devenue en douze ans, se questionne inévitablement. Elle compare « celle qu’elle est devenue » avec « celle qu’elle avait projeté d’être ». Une existence est une succession de choix que l’on fait, elle se nourrit d’un idéal de vie que l’on se crée, sans pour autant voir celui-ci se réaliser, parce qu’on ne peut tout maîtriser. L’existence est, aussi, ce que l’on décide qu’elle soit à un instant T.  « Je rêvais de voyages, de découvertes, à deux, à quatre, à cinq, je rêvais d’une vraie famille harmonieuse. Je rêvais que chacun invente l’amour pour l’autre, le veille comme un trésor. Je ne voulais pas oublier ce que sont les battements du coeur, l’attention, le regard sur l’autre, les surprises, l’intensité des corps. »

« Je me laisse aller dans les bras de l’homme qui est toute ma vie alors que je le connais depuis seulement huit semaines. Si la réincarnation existe, c’est à cette aventure là qu’elle doit ressembler. Avoir l’intuition de quelque chose, de quelqu’un… Juste l’intuition. »

A quelques années près, j’ai l’âge de Marie. C’est un roman que je relirai peut-être dans douze ans…je ne l’aborderai certainement pas avec le même regard.

Cette lecture est ma première lecture commune : je vous invite à lire d’autres avis chez Jeneen (plus mitigée que moi !) et Anne (qui a beaucoup aimé)