Et rester vivant

Jean-Philippe Blondel


Voici un roman paru tout récemment. Personnellement, je ne connaissais pas l’auteur, et j’ai acheté ce livre après avoir été interpellée par les billets de George et de Nina (à qui je dis : merci !!). Je ne saurai que vous conseiller, pour ce roman, de dégager quelques heures devant vous, et de le lire d’une seule traite. C’est ce qui m’est arrivé (arrivé, oui, car au départ je n’avais pas prévu d’y passer mon après-midi ! Sauf que je n’ai plus voulu le lâcher), et c’est ainsi, je pense, que le roman projette sa force, son émotion, sa subtilité.

Jean-Philippe Blondel y raconte une période de sa vie. A 22 ans, il devient orphelin ; son père, sa mère, son frère décèdent lors de deux accidents de la route, à quelques années d’intervalle. Ces événements tragiques sont évoqués, sans pathos, aussi naturellement que la brutalité avec laquelle ils peuvent survenir dans la vie de tout un chacun. Il ressent le besoin de fuir, loin, et part pour la Californie, avec son meilleur ami et son ex-petite amie.

On suit le trio sur les routes américaines, au sein des grands espaces, presque au bout du monde. Pour l’auteur, confronté à une subite liberté absolue – dénué d’attaches, de liens familiaux –, tout avenir devient néant. Ce roman parle de la perte des êtres proches, mais surtout de foi en l’existence. J’ai aimé la pudeur et la finesse de l’écriture. J’y ai senti la présence de la terre, des couleurs, des étendues. C’est quasiment depuis ce socle tellurique que tout repartira.

C’est un livre qui résonnera en chacun selon son propre vécu. Mais je pense aussi qu’au-delà de ça, ce roman aborde l’extrême petitesse de chaque vie humaine, le fait que nous ne soyons que poussière, que sable, et s’interroge sur le pourquoi de nos actes, de ce que nous décidons, ce que nous construisons tout au long de nos vies. Et souffle que, malgré tout, elles valent d’être vécues.

Une très, très belle découverte.

 Je regardais les bicoques et leurs habitants. Des maris, des femmes, des enfants, des cousins, des oncles, des tantes. J’ai ressenti une formidable envie de construire. Pierre après pierre. Mur après mur. Comme après un raz-de-marée. Il y a un état de stupéfaction – et ensuite une frénésie de reconstruction, dans tous les sens –, jusqu’au prochain tsunami.

C’est de ça dont j’ai envie. D’une affirmation de l’existence. De m’installer dans la permanence. De prendre ma place dans la bataille fragile et pitoyable des êtres humains qui posent des fondations et montent des édifices en sachant pertinemment qu’un jour ou l’autre, tout disparaîtra.