Lulu femme nue

Etienne Davodeau

J’ai découvert que le récent film « Lulu, femme nue » était tiré d’une bande dessinée en flânant dans les rayons d’une librairie spécialisée. Je ne suis d’ordinaire pas une lectrice de BD, mais je me suis laissée tenter par celle-ci, curieuse et attirée par le résumé :

Abandonnant mari et enfants, Lulu décide de ne pas rentrer à la maison. Elle n’a rien prémédité. Ça se passe très simplement. Elle s’octroie quelques jours de liberté, seule, sur la côte, sans autre projet que de savourer pleinement, et sans culpabilité, cette vacance inédite.
Presque surprise par sa propre audace, elle rencontre de drôles de gens qui sont, eux aussi, au bord du monde.
Grisante, joyeuse, dangereuse et cruelle, l’expérience improvisée de Lulu en fera une autre femme…

Les amis de Lulu sont rassemblés un soir, sur la terrasse de sa maison, et l’un d’entre eux raconte ce qu’a vécu Lulu au cours de ces quelques jours.  « De ce qui est arrivé à Lulu, je ne peux vous raconter que ce que je sais. » Ainsi commence la BD. On découvre Lulu, une femme introvertie, qui a l’air peu sûre d’elle, passant un entretien d’embauche alors que cela fait quinze ans qu’elle ne travaillait plus. Elle a la tête enfoncée dans les épaules, le regard fuyant. En sortant de cet entretien, dont on imagine que ce n’est pas le première échec, elle appelle chez elle et annonce qu’elle ne rentre pas. Pas ce soir. Elle rentrera demain. Et elle trouve un hôtel où passer la nuit.
On voit bien qu’elle ne sait pas trop pourquoi elle a décidé de ne pas rentrer, pourquoi elle est dans cet hôtel. Elle n’a aucun projet. Elle est fébrile, timide. Au final, elle a juste besoin d’une bouffée d’air nouveau, besoin de casser les codes de son quotidien qu’on devine pas très gai.
Lulu apprend alors à raconter sa vie, ce qui va et ce qui ne va pas, à une inconnue. Elle accepte cette main tendue, qui l’amène par la suite un peu plus loin, sur la côte. Lulu va déambuler, sans but aucun, se laisser aller à de nouvelles rencontres, se laisser porter par l’inconnu. C’est une nouvelle liberté. C’est courir comme une folle avec un chien croisé sur son chemin, c’est passer la nuit sur un banc car elle n’a pas un sou, c’est se lier d’amitié, d’amour avec des personnes rencontrées par hasard.

J’ai aimé cette sensation de besoin de renouveau, de découverte, de rencontres. Ces jours sont une parenthèse salvatrice dans la vie de Lulu. Et je pense que ce besoin de se couper de tous ses repères, de ses habitudes, ce qui constitue sa vie, est un besoin humain. S’ouvrir à l’inconnu permet aussi de cerner l’essentiel. J’ai aimé cette femme qui se prend en main, cette remise en question bénéfique. J’ai par contre peu adhéré à la fin de cette histoire. Je ne vois pas comment son mari, portrait-type exécrable de l’homme misogyne, alcoolique, colérique, ne respectant pas sa femme, ne s’occupant pas de ses enfants et vivant la plupart du temps sur son canapé entouré de déchets de bouteilles, je ne vois donc pas comment il serait censé changer un tel comportement si rapidement, alors que lui n’a pas effectué cette « retraite » loin des siens, n’a pas fait un cheminement personnel pour prendre conscience de certaines choses.

Il paraît que le film est très bien, très différent aussi de la BD aux dires de la libraire… Je le regarderai à l’occasion car c’est un portrait de femme qui m’a plu.

 

Le petit homme de l’Opéra

Claude Izner

C’est avec cette lecture que j’ai découvert le duo Victor Legris et Joseph Pignot, libraires et détectives amateurs. Autant le dire tout de suite, l’intrigue en elle-même ne m’a pas passionnée du tout. Nous sommes dans le Paris de l897, on pénètre (un peu) dans les coulisses de l’Opéra. Un clarinettiste meurt par noyade lors d’un mariage célébré dans un parc : triste accident. Puis ce sont plusieurs personnalités de l’Opéra qui sont victimes d’ « accidents ». Les suspicions s’éveillent, Victor Legris et Jospeh Pignot s’en mêlent et mènent l’enquête. On y croise un étrange personnage, Melchior Chalumeau, le « petit homme » qui est avertisseur à l’Opéra. Chargé d’annoncer pour les artistes les levers de rideau, il est le petit homme de l’ombre, raillé et méprisé. Voyeur aussi, il profite de son accès au dédale de l’Opéra pour épier les jeunes demoiselles, petits Rats : « qu’elles étaient mignonnes, ces futures ballerines efflanquées, mal débarbouillées, dépeignées, dans leur robe de gaze à ceinture de soie rose ou bleue ! »

J’ai gardé de l’intérêt au cours de ma lecture car le livre est une belle évocation de Paris à cette époque. J’ai été rapidement projetée dans une ville d’un autre temps, avec ses habitants qui la peuplent, ses modes de transport, son atmosphère particulière. « Paris orchestrait sa marche matinale vers son pain quotidien. Sur les Boulevards, demoiselles de magasins, cousettes, petites mains, demoiselles des téléphones, les yeux bouffis de sommeil, se rendaient à l’ouvrage tandis qu’une légion de camelots investissaient le bitume. Des hommes à paletot râpé, à haut-de-forme beurré, s’engouffraient dans les officines de contentieux, les banques, les études de notaires. Les omnibus déversaient des essaims de jupes, de corsages fleuris, de chapeaux enrubannés, de redingotes sombres. » C’est une époque où le plafond de l’Opéra Garnier n’est pas encore tel qu’on le connaît de nos jours, recouvert des couleurs de Chagall, mais présente toujours le décor d’origine de Lenepveu ; c’est une époque où l’on prévoit de détruire le Palais de l’Industrie qui borde les Champs-Elysées afin de laisser place au Petit et au Grand Palais pour l’exposition universelle de 1900. Une conversation évoque l’exposition en 1897 du legs Caillebotte au musée du Luxembourg, qui fit scandale mais grâce auquel les toiles des peintres impressionnistes ont pu entrer dans les collections nationales. On croise aussi la baraque de La Goulue, la fameuse danseuse populaire qui a alors achevé sa carrière au Moulin-Rouge et a rejoint les fêtes foraines, dans sa baraque décorée par Toulouse-Lautrec.

L’ensemble du roman est parcouru de traits d’humour, et est chargé d’un vocabulaire désuet, souvent issu de l’argot, qui lui donne un charme vieillot plutôt plaisant.

Et j’ai souri lors cet échange entre Victor et Joseph :

 « – Qu’entendez-vous par « bourgeois » ?
    – Pour le cocher de fiacre, c’est un piéton ; pour le militaire, un pékin ; pour le rapin, un imbécile qui ne pige que couic à la peinture et troque une liasse de billets en échange d’un coucher de soleil sur le lac du Bourget ; pour le paysan, c’est le propriétaire de la métairie où il trime ; pour l’ouvrier, c’est le patron.
    – Et pour vous, Joseph ?
    – Pour moi, ce sont les clients qui achètent des livres qu’ils ne liront jamais simplement parce qu’on en parle en termes élogieux dans la presse. »

Un titre pour le challenge Des notes et des mots

Au nom de la mère

Erri De Luca

« Il sella l’ânesse avec un tissu doux, il me fit monter en me soulevant à bout de bras et en me posant sur le dos de la bête. Ce fut la première étreinte de nos noces. »

Voici une histoire à lire un soir, au fond du lit avant de dormir… Une histoire telle un conte. Erri De Luca s’empare dans ce court récit d’un événement de l’histoire religieuse, un événement mythique, magique : la Nativité. « Le plus parfait mystère naturel ». L’auteur n’a pas voulu s’intéresser à l’histoire biblique en elle-même, mais à la personne de Miriàm (Marie) et au « démarrage de la nativité dans le corps féminin ». Il s’immisce dans l’esprit de Miriàm et nous conte l’annonce mystérieuse de la grossesse, les émotions confuses de Miriàm, la colère de son fiancé Iosef, qui sait que la loi juive punit très sévèrement la grossesse qui survient avant le mariage, puis le départ vers Bethléem, jusqu’à son accouchement, seule dans une étable. Miriàm fait preuve de maturité et de simplicité pour affronter ce chamboulement qu’elle n’a pas choisi. Tout au long de son parcours, elle reste confiante.

 Ce récit est une ode à la vie naissante et sublime la force et la sagesse psychologique du personnage de Miriàm.

 J’ai aimé cette histoire simple, calme et sereine, pleine de grâce.

« Miriàm, tu sais ce qu’est la grâce ?
– Non, pas précisément, répondis-je.
– Il ne s’agit pas d’une allure séduisante, ni de la belle démarche de certaines de nos femmes bien en vue. C’est la force surhumaine d’affronter le monde seul, sans effort, de le défier en duel tout entier sans même se décoiffer. Elle n’est pas féminine, c’est un talent de prophète. C’est un don et toi tu l’as reçu. Qui le possède est affranchi de toute crainte. »

Orgueil et préjugés

Jane Austen

J’ai enfin lu mon premier Jane Austen ! Cette lecture m’a charmée, envoûtée… Tant et si bien qu’il m’est difficile d’en parler concrètement… Je me suis laissée transporter par les amours d’Elizabeth et de Jane Bennett, par l’élégance de Mr. Darcy, par les remarques pleines d’ironie de Mr. Bennett, et j’en ai oublié de marquer les passages que je souhaitais garder en mémoire, réflexe que j’ai toujours au cours de mes lectures afin d’en garder une trace tangible, sensible…et j’ai pour habitude de partir toujours de ces mots pour écrire mes billets… Me voici donc bien embêtée ! En même temps, j’aurais peur d’être redondante après les innombrables articles déjà publiés sur ce roman. Que dire de nouveau, d’original sur un tel monument de la littérature ?

On plonge dans Orgueil et préjugés comme dans un trésor, les demoiselles y sont délicates et gracieuses, c’est un écrin, un cocon dans lequel on veut venir se blottir. Un livre que je relirai, pour retrouver cette atmosphère douce et rassurante…

Bêtement, j’avais une légère appréhension en me lançant dans cette lecture : peur d’une lecture difficile ou peur de l’ennui. Ce qui n’était qu’un mauvais préjugé, qui me taraude toujours lorsque j’aborde un « classique ». Rien de tout cela, au contraire, l’écriture de Jane Austen est fluide, les chapitres sont courts et l’intrigue lancée dès les premières pages  ; c’est une lecture qui se savoure.

Un grand coup de cœur pour une œuvre que je découvre tardivement. Et j’ai très envie de voir les adaptations pour le cinéma ou la télévision. Lesquelles valent le coup ?
Et maintenant, avec quel roman de Jane Austen me conseilleriez-vous de continuer ?

A lire aussi : le billet de L’Or des chambres

Quand souffle le vent du nord

Daniel Glattauer

« Merci d’être là. Merci de m’avoir recueillie. Merci d’exister. Merci ! »

Quand souffle le vent du nord est une histoire d’amour atypique, une histoire entre deux êtres qui ne se connaissent pas, qui ne savent pas à quoi ils ressemblent, qui ne se sont jamais parlés de vive voix. Tout commence par un banal e-mail de résiliation qu’Emmi envoie à un magazine. A une lettre près, elle se trompe dans l’adresse de destination, et le mail arrive chez Léo. Un mail, puis deux, l’échange s’installe petit à petit entre Emmi et Léo. Ils s’écrivent avec beaucoup d’humour, sans prendre de pincettes, et l’on sent bien que des sentiments se tissent à distance.

Par mails interposés, Emmi et Léo deviennent dépendants l’un de l’autre, ils sont un peu chacun comme l’ami imaginaire de l’autre : le confident, l’échappatoire, l’Idéal, l’exutoire. « Pour moi vous écrire et vous lire c’est un « temps mort » dans ma vie familiale. Oui, c’est une petite île isolée dans mon univers quotidien, une petite île sur laquelle j’aime beaucoup m’attarder seule avec vous, et j’espère que cela ne vous dérange pas. » Sans être un couple, ils passent par tous les états qui peuvent caractériser une relation amoureuse : la jalousie, la dispute, l’éloignement, les joies des retrouvailles et réconciliations, la dépendance à l’autre.

Quand souffle le vent du nord est un peu le roman épistolaire à l’âge du numérique. C’est un roman qui se dévore, je suis devenue moi aussi accro « aux mails de Léo » !

Un roman à lire en une ou deux soirées, distrayant, frais et qui fera battre le cœur des midinettes qui sommeillent en nous 😉

Il y a une suite à ce roman : La septième vague, et je ne pense pas la faire attendre très longtemps !

La critique de Leiloona, qui m’a rappelé en présentant la sortie poche du tome 2 que je voulais lire ce livre !

L’imprévisible

Metin Arditi

J’avais découvert Metin Arditi avec Le Turquetto, très beau roman qui m’a donné envie de lire les écrits précédents de cet auteur. C’est avec L’imprévisible que j’ai poursuivi et… je suis déçue. Déçue n’est pas le mot, c’est juste que cette histoire ne m’a pas emballée. Je n’ai pas accroché, c’est tout.

Anne-Catherine, femme de la haute société genevoise, récemment séparée de son mari, fait appel à Guido Gianotti, ancien professeur universitaire d’histoire de l’art et spécialiste de la Renaissance, afin d’expertiser un tableau qu’elle possède, et dont elle souhaite se débarrasser car il est souvenir de son ex-mari. C’est ce lien avec l’art et le mystère autour d’un tableau qui m’avait attiré vers ce livre, et c’est vraiment cela qui m’a tenue jusqu’à la dernière page. Guido va de découverte en découverte, se déplace jusqu’aux Offices de Florence, et ledit tableau se révèlera être celui d’un grand maître. J’ai apprécié ce long cheminement, bien mené, qui est plausible, et ponctué de belles descriptions d’œuvres picturales. L’on voit la matière, les couleurs, les étoffes, les carnations. Mais je suis restée complètement insensible à la relation naissante entre Guido et Anne-Catherine, de milieux sociaux opposés, êtres solitaires, abîmés par la vie, et qui vont, un instant, l’un avec l’autre, éprouver un semblant de bonheur.

Pas une totale déception, donc, mais une impression très mitigée. Cependant, mon désir est toujours là de lire davantage d’œuvres de cet écrivain.

« C’était une main d’homme, très belle, si effilée qu’elle en paraissait presque féminine. Un chemisier à passepoil rouge l’enserrait au poignet, et il n’y avait dans sa manière de tenir la plume ni rugosité ni tension. »

Grâce et dénuement

Alice Ferney

« Toute ma vie j’ai été pauvre et maudite, et tout ce temps j’ai aimé ma vie. »

Il y a Angéline, « la vieille ». Il y a Angelo, Simon, Lulu, Joseph dit « Moustique », Antonio, ses cinq fils. Il y a Héléna, Misia, Milena, Nadia, ses belles-filles. Il y a Anita, Sandro, Djumbo, Carla, Michaël, Priscilla, Mélanie, Carla, ses petits-enfants, tous Gitans. Et il y a Esther. La « Gadjé ». L’ancienne bibliothécaire qui vient rendre visite aux Gitans sur leur camp. Dans sa Renault jaune, au chaud, elle accueille tous les enfants, et leur lit des histoires. Des contes, des fables, des morales. Et chaque mercredi, elle revient. Les enfants sont heureux de sa présence, Esther illumine leur imaginaire en leur parlant de Babar, du Petit Prince, de Pinocchio, de Barbe-Bleue. « Ils entraient petit à petit dans la chose du papier, ce miracle, cet entre-deux ». Les enfants découvrent le pouvoir suggestif des mots, des phrases qui charment, dépeignent un monde, un ailleurs. Et c’est emplie de sincérité et de bonté qu’Esther demeure fidèle à ce rendez-vous.

Petit à petit, Esther tisse des liens avec les femmes qui vivent là, les mères. Ces femmes sont des gitanes, vivent à l’écart de la société, dans une grande pauvreté et précarité. Mais ce que nous livre Alice Ferney, c’est la part d’humanité qui frémit en chacune d’entre elles. Ces femmes sont marquées par les bonheurs et les malheurs de la vie, elles ont la tête haute, elles sont belles.

L’écriture est douce, ronde, on se croirait presque dans un conte. Les dernières pages du livre sont magnifiques. C’est une leçon de vie, qui nous rappelle que l’humilité, la bonté, le respect sont fondamentalement parties de l’être humain.

« C’est de la douleur d’aimer, ça c’est bien sûr, mais c’est tout pire de ne pas aimer. Elle dit : on est fait pour ça. Et les femmes encore plus que les garçons. Une femme, dit-elle, c’est pour se donner en entier. Ne te garde pas. Ce qu’on garde pour soi meurt, ce qu’on donne prend racine et se développe. »

Je dois me dépêcher de lire les autres romans d’Alice Ferney.

Stop Talking And Read – by Liyah

Aujourd’hui a débuté le concours S.T.A.R. organisé par Liyah, jusqu’au 6 mai, et je suis de la partie ! Quatre lettres pour Stop Talking And Read, quatre semaines pour lire encore, toujours et un peu plus. Et à la fin du concours, on fait les comptes pour quantifier le nombre de pages lues !
Ma vitesse de lecture ne me fera pas arriver en tête, c’est certain. Mais je ne me suis jamais posée la question de savoir combien de pages je peux lire sur une période donnée, et je suis curieuse du résultat. Et c’est surtout l’occasion de partager une expérience amusante, d’échanger avec tous (-tes) les participant(e)s, et de me motiver pour passer plus de temps avec mes livres.

Je veux profiter aussi de ce billet pour vous dire que, oui, j’ai ouvert un « blog littéraire », mais que oui, je lis lentement, et pas forcément autant que je le souhaiterais. Et j’écris encore plus lentement. Alors je publie peu, mais je suis toujours ravie et touchée d’avoir de fidèles lectrices (et lecteurs !). Ouvrir mon blog m’a permis aussi d’en découvrir un tas d’autres, j’arpente désormais de petits espaces dans lesquels je me sens bien et que j’apprécie tant. J’aime y piocher des tonnes d’idées de lectures, j’aime les liens qui se tissent petit à petit, j’aime les challenges ou les concours comme le STAR qui génèrent partage et découverte.

Mon petit blog va à son petit rythme, mais il est enchanté et fier d’avoir sa place parmi une belle blogosphère !

Source : We heart it

Room

Emma Donoghue

Je savais pas que le Petit Jésus, il devient grand. « Saint Pierre est un méchant ?
– Non, non, on l’a emprisonné par erreur : enfin, c’étaient des méchants policiers qui l’avaient arrêté. Bref, il a prié et prié pour retrouver sa liberté et tu sais quoi ? Un ange s’est élancé du ciel et a enfoncé la porte.
– Génial »,  je dis.

J’ai pour habitude de ne jamais relire une quatrième de couverture avant de commencer une lecture, parfois, même, je ne la lis pas en achetant mes livres. Je vais plutôt me laisser tenter par un titre, un auteur, une illustration, ou, comme ce fut le cas pour ce livre, par une ou deux critiques assez succinctes mais suffisamment troublantes pour susciter ma curiosité. J’aime me laisser surprendre par un roman, j’aime ne pas savoir (du tout !) où je vais, et en quelle compagnie. C’est une petite manie qui parfois, peut être un désavantage au roman lu, qui aurait mérité une légère « préparation » psychologique, mérité de savoir ce à quoi s’attendre, afin d’apprécier pleinement la saveur et l’intérêt d’une lecture et éviter de se retrouver désemparée, ou déçue. Cela m’est arrivé, mais, heureusement, est resté rare.

Je me suis donc lancée dans Room à l’aveugle, juste en sachant qu’il y avait une mère et son jeune fils dans l’histoire.
Une histoire à huis clos, envahie d’un monde imaginaire qu’une mère crée pour son petit garçon. Une mère bouillonnant d’inventivité, d’énergie, d’intelligence, d’amour tout simplement. C’est un texte éblouissant, sidérant, presque apaisant aussi. Mais aussi, un texte qui m’a dérangée, qui m’a laissé un goût de malaise, parce qu’il a un côté réel absolument terrifiant.

Il m’a fallu quelques jours pour digérer complètement cette lecture. Et de nombreux jours encore avant de réussir à écrire un billet évocateur, exprimant mes émotions tout en ne révélant rien de l’histoire, pour rester fidèle à tout ce que j’ignorais de ce roman avant de le lire.

Ce roman m’a fait penser à La Route de Cormac McCarthy ,de manière très différente bien évidemment, mais j’y ai retrouvé le don de soi absolu d’un parent pour son très jeune enfant, vu telle une petite créature divine.

« J’étais prête, cette fois-ci, je voulais qu’on reste entre nous.
– J’étais de quelle couleur ?
– Rose vif.
– J’ai ouvert les yeux ?
– Tu es né les yeux ouverts. »

Allez lire aussi la belle critique de La Ruelle bleue.

La mise à nu des époux Ransome

Alan Bennett

C’est un petit roman qui débute avec une situation très loufoque : un soir, Mr et Mrs Ransome, couple parfaitement engoncé de la vieille bourgeoisie britannique, sont à l’opéra. Lorsqu’ils rentrent chez eux, ils découvrent qu’ils ont été cambriolés. Tout, absolument tout, a disparu de leur appartement. Les visiteurs n’ont pas emmené uniquement le matériel hi-fi et les bijoux, ils ont embarqué tous les meubles, les tapis, les rideaux, la vaisselle (même la marmite que Mrs Ransome avait laissé à cuire dans son four), les fils électriques, il ne reste rien.

« Le vol d’une chaîne hi-fi est parfaitement banal. Celui d’une moquette l’est moins.
– Peut-être se sont-ils servis de la moquette pour envelopper la chaîne, dit Mrs Ransome.»

Le couple se retrouve entièrement démuni, et, dans l’urgence (il faut prévenir la police, aller acheter quelques produits de première nécessité), Mr et Mrs Ransome sont obligés de descendre de chez eux et de se confronter à la réalité du monde ordinaire, de s’adresser à des individus qu’ils avaient toujours évités (ou dont ils ignoraient même l’existence). Alors que Mr Ransome reste coincé dans ce chamboulement qu’il n’a aucunement choisi, son épouse, petit à petit, voit le bon côté des choses. Elle est presque soulagée d’être débarrassée de cet encombrant service à vaisselle qui les suivait depuis 30 années de mariage, et qui ne servait jamais ! Elle découvre avec curiosité les programmes télévisuels de l’après-midi destinés à la ménagère moyenne, elle franchit le seuil de l’épicerie pakistanaise du quartier.

Le livre est une satire sociale, bourrée de traits d’humour. Il fait aussi réfléchir aux possessions matérielles que nous entassons et dont nous pourrions fort bien nous passer…

« Mrs Ransome découvrit qu’elle n’était pas malheureuse, que sa situation présente avait une réalité bien plus grande et que, indépendamment du confort que chacun est en droit d’attendre, ils allaient désormais pouvoir mener une vie moins douillette… »

Ma première rencontre avec Alan Bennett fut la lecture de La Reine des lectrices, roman qui ne m’avait pas enthousiasmée. La mise à nu des époux Ransome me réconcilie avec l’auteur. J’ai apprécié cette lecture rapide (en une soirée), divertissante, piquante.

Je remercie très chaleureusement Laurence pour m’avoir offert ce livre ! Vous pouvez consulter sa critique ici.