Grâce et dénuement

Alice Ferney

« Toute ma vie j’ai été pauvre et maudite, et tout ce temps j’ai aimé ma vie. »

Il y a Angéline, « la vieille ». Il y a Angelo, Simon, Lulu, Joseph dit « Moustique », Antonio, ses cinq fils. Il y a Héléna, Misia, Milena, Nadia, ses belles-filles. Il y a Anita, Sandro, Djumbo, Carla, Michaël, Priscilla, Mélanie, Carla, ses petits-enfants, tous Gitans. Et il y a Esther. La « Gadjé ». L’ancienne bibliothécaire qui vient rendre visite aux Gitans sur leur camp. Dans sa Renault jaune, au chaud, elle accueille tous les enfants, et leur lit des histoires. Des contes, des fables, des morales. Et chaque mercredi, elle revient. Les enfants sont heureux de sa présence, Esther illumine leur imaginaire en leur parlant de Babar, du Petit Prince, de Pinocchio, de Barbe-Bleue. « Ils entraient petit à petit dans la chose du papier, ce miracle, cet entre-deux ». Les enfants découvrent le pouvoir suggestif des mots, des phrases qui charment, dépeignent un monde, un ailleurs. Et c’est emplie de sincérité et de bonté qu’Esther demeure fidèle à ce rendez-vous.

Petit à petit, Esther tisse des liens avec les femmes qui vivent là, les mères. Ces femmes sont des gitanes, vivent à l’écart de la société, dans une grande pauvreté et précarité. Mais ce que nous livre Alice Ferney, c’est la part d’humanité qui frémit en chacune d’entre elles. Ces femmes sont marquées par les bonheurs et les malheurs de la vie, elles ont la tête haute, elles sont belles.

L’écriture est douce, ronde, on se croirait presque dans un conte. Les dernières pages du livre sont magnifiques. C’est une leçon de vie, qui nous rappelle que l’humilité, la bonté, le respect sont fondamentalement parties de l’être humain.

« C’est de la douleur d’aimer, ça c’est bien sûr, mais c’est tout pire de ne pas aimer. Elle dit : on est fait pour ça. Et les femmes encore plus que les garçons. Une femme, dit-elle, c’est pour se donner en entier. Ne te garde pas. Ce qu’on garde pour soi meurt, ce qu’on donne prend racine et se développe. »

Je dois me dépêcher de lire les autres romans d’Alice Ferney.

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15 réflexions sur “Grâce et dénuement

  1. Quel lointain et beau souvenir de lecture !! Je te conseille aussi La conversation amoureuse et Dans la guerre ! (Le dernier, Passé sous silence, est nettement moins bon à mon goût, même si on retrouve l’écriture très belle d’Alice Ferney.)

  2. Tu vas lire (ou as-tu lu) « Les autres » de la même auteure? Je l’ai noté dans ma PAL, ça a l’air très beau!

    J’aime bien la façon dont tu décris cette histoire.

  3. Aaah, Alice Ferney, quel bonheur ! Je plussoie Anne pour ‘Passé sous silence’ qui est vraiment moins bon… J’étais si déçue d’être déçue quand je l’ai lu ! Pour moi, son meilleur roman restera ‘Les autres’, je pense. Une vraie merveille !

    • C’est vrai qu’une couverture peut influencer nos choix de lectures. Et puis, concernant celle-ci, elle ne correspond pas du tout à la manière dont j’ai pu imaginer ces enfants. Pour moi, ils sont pleins de vitalité, d’énergie, de couleurs, malgré leur pauvreté. Comme quoi 😉

  4. J’ai adoré « la conversation amoureuse » et quand je lis ton billet j’ai vraiment envie de lire ce livre. Bises.

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